Pourquoi le Sichuan m'a conquise, alors que je suis du Nord

Je suis née à Pékin. Le Nord, donc — la rigueur des hivers, les hutongs, la cuisine de blé, ce sens de l'ordre et de la mesure qu'on respire dès l'enfance. Quand on me demande quelle est ma région préférée en Chine, on s'attend souvent à ce que je cite ma ville natale.
Et pourtant. La réponse, c'est le Sichuan. Tout au sud, à des milliers de kilomètres. Et à chaque fois que je le dis, je vois la même réaction — « ah, le piment, le mala, ça arrache, non ? »
Oui. Et non. Réduire le Sichuan à sa cuisine épicée, c'est comme résumer la France au vin rouge. Ce n'est pas faux, mais ça passe à côté de l'essentiel.
Ce qui m'a conquise, moi la fille du Nord, ce n'est pas qu'on y mange fort. C'est qu'on y vit doucement.
Une région qui prend son temps
Le Sichuan est un immense bassin entouré de montagnes. Pendant des siècles, ces reliefs l'ont protégé des guerres et des bouleversements qui secouaient le reste de la Chine. Résultat : une terre fertile, surnommée « le pays de l'abondance », et surtout une culture profondément attachée à l'art de vivre.
Les Sichuanais sont connus dans toute la Chine pour leur goût du loisir. Ici, on ne court pas. On s'installe dans un salon de thé l'après-midi entier, on joue au mahjong, on bavarde, on se fait nettoyer les oreilles en terrasse — oui, c'est un vrai métier ici, et c'est un délice étrange.
Ce rythme déteint sur tout. Sur les repas, qui s'étirent. Sur les conversations. Sur la façon qu'ont les gens de t'accueillir, sans pression, comme si tu avais tout ton temps — et donc, eux aussi.
La cuisine : bien plus que « ça pique »
Parlons-en, du fameux piment. La vérité qui surprend tout le monde : près d'un tiers des plats classiques du Sichuan ne sont pas épicés du tout.
La cuisine sichuanaise repose sur un principe magnifique : « cent plats, cent saveurs » (百菜百味). Les chefs jonglent avec plus de vingt profils de goût différents. Le plus connu est le mala — ce mélange engourdissant et brûlant qui vient du fameux poivre du Sichuan, le huājiāo, qui ne brûle pas vraiment : il fait pétiller la langue, comme une légère décharge électrique.
Mais il y a aussi le yúxiāng (« parfum de poisson ») — qui ne contient aucun poisson, juste un équilibre aigre-doux-salé parfait sur une aubergine fondante ; le guàiwèi (« saveur étrange ») — salé, sucré, acide, épicé et engourdissant à parts égales, souvent sur du poulet froid ; et le suànní — une fraîcheur aillée, sur les entrées froides.
Au-delà de l'assiette
Réduire le Sichuan à Chengdu serait une erreur. La région, c'est aussi les pandas, évidemment — la base de recherche de Chengdu reste un incontournable ; les paysages — lacs turquoise, montagnes, vallées, jusqu'aux portes du plateau tibétain ; et une scène contemporaine étonnante à Chengdu : cafés de créateurs, galeries d'art, librairies, une jeunesse cool qui réinvente la ville.
Lors de ce voyage-là, je n'ai pas eu l'occasion de sortir de Chengdu faute de temps, mais les locaux m'ont vraiment conseillé d'explorer d'autres coins de la région — et c'est bien prévu pour mes prochains voyages.
Pourquoi j'y retourne
Si je devais résumer, ce n'est pas une saveur ni un paysage qui me ramène au Sichuan. C'est une sensation.
Celle d'une région qui a compris quelque chose que le reste du monde court après : qu'il n'y a aucune urgence à finir son thé. Moi qui ai grandi dans la mesure et la retenue du Nord, c'est peut-être ça qui m'a le plus désarmée — cette douceur de vivre qui ne demande rien, qui s'offre simplement.
Peut-être que Chengdu connaît mieux que quiconque ce paradoxe : parfois, savoir apprécier la lenteur est la forme de rapidité la plus élégante.


